Premier travail sur les caractères chinois en relation avec notre réflexion sur les maladies du Shen et, plus largement, sur les origines de la maladie selon la Médecine Traditionnelle Chinoise.
- enacolombi
- 27 janv.
- 3 min de lecture

Comme notre dernier post introduisait la Vésicule Biliaire, nous allons commencer par son idéogramme.
En chinois, la vésicule biliaire se dit Dan (dan).Elle s’écrit de deux manières, dites classique et simplifiée :
膽 (forme classique)
胆 (forme simplifiée)
Le caractère dit « simplifié » existait déjà avant les réformes des années 1949–1950.
Dans les deux formes, on retrouve le radical 130 selon Wieger, correspondant à la chair (月), indiquant la dimension organique.
Dans la forme simplifiée 胆, à côté du radical de la chair (月), apparaît l’idéogramme 旦, qui signifie le soleil levant, le soleil à l’horizon, celui qui se lève.
La forme classique 膽 indique autre chose. On y voit l’idéogramme 詹, composé de la parole (言) — une bouche dont quelque chose s’échappe — et, au-dessus, une forme évoquant un escarpement rocheux, un à-pic, un lieu abrupt, potentiellement dangereux.
Pour mieux saisir le sens d’un caractère dont certaines parties interrogent, il peut être intéressant d’en conserver une partie et d’en modifier le radical. Ainsi, en conservant la partie droite 詹 et en remplaçant le radical de la chair (月) par le radical de l’œil 目, on obtient le caractère :
瞻 (zhān)
La prononciation change, mais le sens devient : regarder, observer attentivement, considérer, porter attention à. Il s’agit d’un regard soutenu, orienté, comme lorsqu’on prend la mesure d’une situation avant de statuer.
Maintenant, remplaçons le radical de l’œil 目 (mu) par le radical de la main, celui en trois traits (扌).En conservant toujours la partie droite 詹, on obtient le caractère :
擔 / 担 (dān)
On passe alors d’une considération, d’un regard posé et attentif, à une prise en main. Le sens du caractère devient celui de porter, soutenir, prendre sur l’épaule une charge ou un fardeau. Il renvoie également à l’idée d’assumer, de se rendre responsable de quelque chose, d’une situation donnée.
Il y a ici une continuité de sens : ce que l’on a d’abord observé et examiné avec attention peut ensuite être pris en charge. C’est comme tenir une situation bien en main, précisément parce qu’elle a été correctement évaluée au préalable.
Avec le radical du coquillage 貝, en conservant toujours la partie droite 詹, on obtient le caractère :
贍 (shàn)
Le sens évolue vers celui de suffire, avoir en suffisance, mais aussi subvenir à, aider, secourir. Le coquillage, ancien signe de richesse et de valeur, introduit l’idée de ressources disponibles, de ce qui permet de pourvoir aux besoins.
On voit ainsi apparaître une progression de sens :on considère une situation (瞻),on la prend en main et on l’assume (擔 / 担),ce qui donne ensuite la possibilité d’avoir de quoi faire, de subvenir, d’aider ou de secourir (贍).
Comme si le fait de bien voir, puis de bien assumer, rendait possible le fait de suffire — non seulement pour soi, mais aussi pour les autres.
Avec le radical de l’eau 氵, en conservant toujours la partie droite 詹, on obtient le caractère :
淡 (dàn)
Il prend le sens de calme imperturbable.
On obtient alors l’idée d’un certain équilibre, mais d’un équilibre presque sans saveur. Cela conduit facilement — et de manière péjorative — à établir un rapprochement symbolique avec la saveur insipide. Pourtant, l’idée qui se dégage ici est plus complexe.
Il s’agit moins d’un manque que d’un renoncement à des sensations trop marquées, d’un retrait volontaire de ce qui trouble ou excite excessivement. Ce qu’il faut retenir ici est l’image de quelque chose qui est au repos, non troublé : l’image d’un regard qui ne se porterait que là où il faut. Une manière de se tenir à soi-même, sans dispersion.
Si l’on ajoute maintenant une autre clef, un autre radical — celui de la parole 言 — toujours associé à la même partie droite, le sens bascule. Il devient celui de divaguer, voire de délirer : une parole qui a perdu son équilibre, qui se dédouble, se disperse, part dans toutes les directions, sans axe stable.
Ce glissement sémantique nous conduit, de manière indirecte, vers la notion de Hun — ou plutôt des Hun — instance psychique intimement liée au Foie. Leur mouvement apparaît presque à l’opposé de la rectitude propre à la Vésicule Biliaire : un mouvement libre, qui s’en va et revient, cherchant à rencontrer tout ce qui existe, et redoutant toute forme de cloisonnement.
À ce stade, vous pourriez avoir le sentiment que ce détour par les idéogrammes nous éloigne de la Vésicule Biliaire. Il n’en est rien. Ce travail prendra tout son sens lorsque nous aborderons l’instance psychique du Foie, dont l’énergétique est étroitement dépendante de son rapport à la VB.

Commentaires