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Le regard qui voit… et le monde qui se fige

Un petit exercice pour mettre en pratique notre approche des instances psychiques en MTC.

En regardant une photographie de Sitting Bull datant de 1884, quelque chose saisit immédiatement.

Son regard est là. Totalement là.

Et pourtant… il semble déjà ailleurs.

Présent et absent à la fois.

Comme si quelque chose voyait encore avec une intensité intacte — 神 shén, la présence claire de l’esprit —mais que le monde dans lequel ce regard s’inscrivait n’existait déjà plus.

Ce regard n’est pas celui d’un homme vaincu. C’est celui d’un homme confronté à une transformation du monde qui ne cherche plus à comprendre, mais à imposer.

Car ce qui détruit les peuples et les cultures n’est pas une idée en soi, mais le moment où cette idée devient idéologie.

Aujourd’hui, les formes ont changé, mais le mécanisme demeure.

Qu’il s’agisse du "non-genré", de certaines visions écologiques radicales, ou d’un discours qui réduit l’histoire à une seule lecture, le mouvement est souvent le même :

on ne cherche plus à voir, on cherche à définir ce qui doit être vu.

On ne cherche plus à comprendre le réel, on cherche à le faire entrer dans un cadre.

Et peu à peu, ce qui était au départ une interrogation, une tentative, une sensibilité…

devient une certitude.

Puis une norme.

Puis une contrainte.

Ce n’est pas une époque qui est en cause.

C’est un fonctionnement humain.

L’homme, lorsqu’il se coupe du mouvement du réel rétrécit sa pensée et cherche alors à la rendre universelle.

Non pas pour éclairer…mais pour stabiliser une inquiétude intérieure.

Dans le langage de la médecine chinoise, on pourrait dire que :

le mouvement du Qi — 气 qì — se bloque, le Shen — 神 shén — se fixe, le Hun — 魂 hún — ne projette plus.

La pensée ne circule plus.

Elle tourne.

Elle se renforce.

Elle s’impose.

Alors le monde devient étroit, non pas parce qu’il l’est, mais parce que le regard qui le traverse ne circule plus.

C’est une eau qui ne coule plus.

Une eau qui ne se transforme plus.

Une eau qui finit par stagner, perdant peu à peu la justesse — 正 zhèng —qui naît du mouvement vivant.

Face à cela, le regard de Sitting Bull nous enseigne autre chose.

Il ne s’agite pas. Il ne cherche pas à imposer. Il ne tente pas de reconstruire artificiellement ce qui disparaît.

Mais il reste là.

Aligné.

Présent à ce qui est.

Peut-être est-ce là une autre voie.

Non pas refuser les idées. Non pas les combattre frontalement mais ne jamais perdre ce qui les traverse :

le lien au réel, le mouvement, la capacité à voir autrement.

Car dès que la pensée cesse de circuler, elle cesse d’être vivante.

Et ce n’est plus le monde que nous regardons…

c’est notre propre construction.

得神者昌,失神者亡 Dé shén zhě chāng, shī shén zhě wáng

« Celui qui garde le Shen prospère, celui qui le perd dépéri".

 
 
 

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