Réflexion sur la marche et le Foie selon les Classiques de Médecine Traditionnelle Chinoise
- enacolombi
- 3 nov. 2025
- 3 min de lecture

Entre mouvement et mesure, la voie du "Juste Milieu".
Partant d'une phrase du Huang Di Nei Jing Suwen, Je vous propose une réflexion sur la relation qui unit le Foie et la marche, telle qu’elle est évoquée dans les textes classiques de la médecine chinoise, et sur la manière dont le mouvement, lorsqu’il reste juste et mesuré, peut nourrir la libre circulation du Qi sans l’épuiser.
1. Marcher, c’est nourrir le Foie :
Le Huang Di Nei Jing Su Wen dit :
「肝喜条达,恶抑郁;喜步,恶久行。」Le Foie aime la libre circulation, déteste la contrainte ; il aime marcher, mais déteste marcher trop longtemps.
Marcher, c’est ouvrir les portes de la circulation, dénouer les stagnations, libérer les émotions qui se sont accumulées.Le pas souple et régulier, accordé à la respiration, favorise le flux du Qi du Foie — ce mouvement vital qui relie nos organes, nos pensées et nos gestes.Chaque foulée permet au Foie de s’étendre (shu 疏), d’exprimer sa fonction de régulation et d’harmonisation.
2. L’excès : quand la circulation devient contrainte :
Mais le même texte ajoute : « il déteste marcher trop longtemps ».Non pas pour interdire l’effort, mais pour rappeler la loi du juste milieu :
Ce qui nourrit dans la mesure, blesse dans l’excès.
La marche cesse d’être bénéfique lorsqu’elle épuise le Sang ou le Yin du Foie,quand elle devient effort, performance, ou fuite.Ce n’est pas la durée en elle-même qui blesse, mais le désaccord entre le mouvement, la personne et le moment.
3. Le principe du retournement des extrêmes :
Le Suwen (chapitre 5) enseigne :
「因于寒,所生病热;因于热,所生病寒。」L’habitude du froid engendre la chaleur, et celle de la chaleur engendre le froid.
Ainsi, tout excès finit par se renverser en son contraire (物极必反 wù jí bì fân).Trop de repos engendre la stagnation ; trop de mouvement engendre la dispersion. Entre ces deux pôles, le juste rythme : celui où l’énergie se régénère en circulant.
4. L’équilibre dynamique : “ni épuiser, ni retenir”
Le Lingshu (chapitre 43) résume :
「劳则气耗,逸则气滞。」L’excès de travail épuise le Qi, l’excès de repos le fait stagner.
Le Foie, organe du mouvement et de l’élan, ne supporte ni le surmenage ni l’inertie. Il trouve son harmonie dans le mouvement fluide, alterné de repos, dans la marche qui respire.
5. La marche consciente : réguler le Foie, apaiser l’Esprit.
Dans la Doctrine du Milieu (中庸 Zhong Yong), on lit :
「中也者,天下之大本也;和也者,天下之达道也。」La modération est la racine du monde, l’harmonie en est la voie universelle.
La marche devient alors une méditation mobile :
avancer sans forcer,
respirer sans retenir,
s’unir au paysage sans se perdre en lui.
C’est dans cette présence juste que le Foie s’ouvre, que le Qi circule, et que le Shen (l’esprit) s’apaise.
🌸 En résumé :
Aspect | Marche bénéfique | Marche excessive |
Mouvement du Qi | Favorise la libre circulation | Épuise le Sang et le Yin |
État émotionnel | Détend, libère la colère, ouvre la vue | Irrite, tend, crée du Vent interne |
Esprit (Shen) | Calme, recentre, relie au Ciel et à la Terre | Disperse, vide, désoriente |
Principe | Circulation harmonieuse | Dépassement de la mesure |
🌿 Réflexion finale
Comme souvent, l’essentiel réside dans le moment — le moment juste, la circonstance juste, l’état juste.
Ce n’est pas seulement la marche qui importe, mais l’état intérieur dans lequel nous marchons.
Marcher, c’est apprendre à se connaître soi-même, à écouter son corps, son souffle et son esprit,
afin de répondre avec plus de justesse et d’harmonie à notre santé, notre mental, nos attentes et nos besoins.



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